Gallina Nigra

Gallina Nigra — scientia talismanorum et anulorum magicorum

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TranscriptioFrancogallica (saec. XIX)

LA POULE NOIRE,

ou

LA POULE AUX ŒUFS D'OR.

Avant que d'entrer en matière et de faire connaître à mes Lecteurs cette science profonde, qui, jusqu'à ce jour, a été l'objet des recherches les plus constantes et des plus profondes méditations, je dois leur découvrir comment ces secrets merveilleux m'ont été communiqués, et comment la divine providence, en me faisant échapper aux plus grands dangers, m'a, pour ainsi dire, conduit elle-même par la main, afin de prouver qu'il suffit de sa volonté pour élever jusqu'à elle le dernier des êtres, ou pour précipiter dans le néant ceux qui sont revêtus de la toute-puissance sur la terre. Tout nous vient donc de Dieu, Dieu est tout, et sans Dieu rien ne peut exister, Qui plus que moi doit être pénétré de

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cette vérité éternelle et sacrée ; et vous, qui lirez cet ouvrage, croyez ! ! !

Je faisais partie de l'expédition d'Egypte. Officier dans l'armée du génie, je fus témoin des succès et des revers de cette armée, qui victorieuse ou obligée de céder à la force des événements et des circonstances, se couvrit toujours de gloire.

Qu'on ne s'attende point à trouver ici aucun détail qui tienne à cette mémorable campagne, je n'en rapporterai qu'un seul trait qui me touche, et qui est nécessaire au développement que je dois donner à ce que j'ai annoncé dans ma préface.

J'avais été envoyé par le général sous les ordres duquel je me trouvais, pour lever le plan des pyramides ; il m'avait été donné une escorte de quelques chasseurs à cheval, et j'arrivai avec eux à ma destination sans éprouver aucun accident, ni sans rien apercevoir qui pût me faire présager le sort funeste qui nous attendait. Nous avions mis pied à terre auprès des pyramides ; nos chevaux étaient au piquet ; assis sur le sable, nous apaisions la faim qui nous tourmentait ; la gaîté française assaisonnait les mets qui composaient ce repas frugal : il était sur le point de se terminer, et j'allais

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TranscriptioFrancogallica (saec. XIX)

[...] m’occuper de mon travail, lorsque tout-à-coup une horde d’Arabes du désert tomba sur nous. Nous n’avons pas le temps de nous mettre en défense, les coups de sabres pleuvent sur nous, les balles sifflent, je reçois plusieurs blessures, mes malheureux compagnons d’infortune sont couchés sur le sable, ou morts ou expirants, et nos cruels ennemis, après nous avoir enlevé nos armes et nos habits, s’emparent de nos chevaux, et disparaissent avec la rapidité de l’éclair.

Je restai quelque temps dans un état d’anéantissement, vis-à-vis de la mer ; enfin, reprenant un peu mes forces, je me soulevai avec peine ; j’avais deux coups de sabre sur la tête et un sur le bras gauche ; je regardai autour de moi, je ne vis que des cadavres, un ciel brûlant, un sable aride, un désert immense, une solitude affreuse, et l’espoir d’une mort certaine et cruelle. Je m’y résignai, en disant adieu à ma patrie, à mes parents, à mes amis, invoquant le ciel, je me traînai au pied de la pyramide, et le sang qui coulait avec abondance de mes blessures rougissait le sable sur lequel je rampais et qui devait bientôt être mon tombeau.

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TranscriptioFrancogallica (saec. XIX)

[?]

Arrivé au pied d'une de ces merveilles du monde, je me mis sur mon séant, et appuyé sur cette masse énorme qui avait déjà vu s'écouler plusieurs siècles, et qui devait encore en voir plusieurs disparaître, je songeai au néant de mon existence qui allait bientôt finir, ainsi que le jour qui touchait à sa fin, car le soleil radieux était sur le point de se plonger dans l'océan.

Astre brillant, reçois mes adieux, dis-je avec émotion ; mes yeux ne te reverront plus, ta lumière bienfaisante ne m'éclairera plus : adieu ! et en prononçant cet adieu que je croyais éternel, il disparut, et la nuit vint le remplacer et couvrit l'univers de ses sombres voiles.

J'étais absorbé dans les plus tristes réflexions, lorsqu'un bruit léger se fit entendre à quelques pas de moi, une dalle de pierre se détacha de la pyramide et tomba sur le sable ; je me tournai de ce côté, et à la clarté d'un petit fanal qu'il portait dans sa main, j'aperçus un vieillard vénérable qui sortait de la pyramide [voyez note A) ; une barbe blanche tombait sur sa poitrine, un turban couvrait sa tête, et le reste de son costume m'annonça que c'était un Mahométan. Il jeta les yeux autour de lui, et

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avançant quelques pas, il heurta contre le cadavre d'un de mes malheureux compagnons d'infortune. O ciel ! dit-il en langue turque, un homme ; il se baissa, un français, il est mort : il leva les yeux au ciel en disant : ô Allah ; il découvrit ensuite les autres, il examina avec attention s'il n'en rencontrerait pas un qui respirât encore, et pour s'en assurer, je voyais sa main qui se portait vers la région du cœur. Ce bon vieillard reconnaissant qu'ils avaient tous cessé de vivre, poussa un gémissement douloureux et des larmes sillonnèrent ses joues ; il allait retourner sur ses pas et rentrer dans la pyramide, le désir de conserver mes jours se fit sentir, j'avais déjà fait le sacrifice de ma vie, mais l'espérance rentra dans mon cœur, et rassemblant toutes mes forces, je l'appelai, il m'entendit, et tournant son fanal de mon côté, il m'aperçut et s'avança vers moi en me tendant la main ; je la saisis et la pressai sur mes lèvres. Il vit que j'étais blessé, que le sang coulait de la blessure que j'avais à la tête. Il posa sa lanterne à terre, et détachant sa ceinture, il m'en couvrit le front ; il m'aida ensuite à me lever ; j'avais perdu beaucoup de sang, j'étais d'une faiblesse extrême, j'avais peine

2.

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de me soutenir. Il me mit son fanal dans la main, puis me prenant dans ses bras il me porta près l’ouverture de la pyramide par laquelle il était sorti : il me déposa doucement sur le sable, me serra affectueusement la main, et me fit entendre par un signe qu’il allait entrer dans la pyramide et revenir promptement. Je rendais grâce au ciel de ce secours inespéré qu’il m’envoyait, lorsque le vieillard reparut tenant, à sa main un flacon : il en ôta le bouchon, puis il versa quelques gouttes de liqueur et me la donna à boire : un parfum délicieux se répandit autour de moi ; à peine cette liqueur divine eut-elle pénétré dans mon estomac que je me sentis renaître, et que j’eus assez de force pour entrer dans la pyramide avec mon bienfaisant et généreux conducteur.

Nous nous arrêtâmes un instant. Il fut replacer la pierre qui était tombée, il l’assujettit avec une barre de fer ; ensuite il me prit par le bras, et nous descendîmes par une pente assez douce dans l’intérieur de la pyramide ; après avoir marché quelque temps par le même chemin, qui faisait plusieurs sinuosités, nous arrivâmes à une porte qu’il ouvrit par un secret ; il la re[...]

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ferma avec soin, et ayant traversé une salle immense, nous entrâmes dans une autre pièce, une lampe était suspendue à la voûte ; il y avait une table couverte de livres, plusieurs sièges à l’orientale, et un lit de repos; le bon vieillard m’y conduisit, me fit asseoir, et posant sa lanterne sur la table, il ouvrit une espèce d’armoire d’où il tira plusieurs vases.

Il s’approcha de moi, m’invita à quitter mes vêtements avec une attention, une complaisance dont on trouverait difficilement un second modèle, et après avoir examiné mes blessures, il y mit un premier appareil avec plusieurs baumes renfermés dans ces vases dont j’ai déjà parlé. À peine furent-ils appliqués sur mes bras et ma tête, que les douleurs se calmèrent. Il m’invita à m’étendre sur le lit de repos, et bientôt le sommeil bienfaisant et réparateur vint s’appesantir sur mes paupières, et j’en goûtai toutes les douceurs.

Lorsque je me réveillai, je regardai autour de moi, et je vis le bon vieillard assis à mes côtés, et qui n’avait pas voulu prendre de repos tandis que je dormais, tant il craignait que je n’eusse besoin de secours. Je lui en témoignai toute ma reconnais-[...]

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[...]sance, par les signes les plus expressifs ; il me fit entendre, de la même manière, que je devais rester tranquille. Il me donna une nouvelle potion de ces cordiaux dont j’avais déjà éprouvé les heureux effets ; ensuite il me regarda avec une extrême attention, et reconnaissant qu’il n’y avait rien à craindre pour ma vie, il me serra affectueusement la main, et se coucha sur des coussins qui étaient de l’autre côté de la chambre où nous étions, et bientôt je l’entendis qui dormait d’un sommeil aussi profond que paisible.

O bienfaisance, disais-je en moi-même, tu es la vertu par excellence, et une émanation pure de la divinité ; tu réunis, tu rapproches les humains, et tu leur fais oublier les maux auxquels ils sont en proie ; par toi, ils renaissent au bonheur, ou plutôt tu es ce bonheur, objet de tous leurs vœux et de tous leurs désirs.

Mon hôte fit un mouvement et se leva. Il vint à moi, sourit en me voyant dans un état de calme et de tranquillité qui ne lui laissait aucune crainte sur mon existence. Il me fit entendre qu’il allait me quitter pour sortir de la pyramide, et voir ce qui se passait au-dehors. Il apporta près de moi ce qu’il jugea m’être nécessaire, si j’é[...]

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[?] quelque besoin et me laissa seul.

Jusqu'à ce moment, je n'avais fait aucune réflexion sur tout ce qui m'était arrivé et sur les suites de cet événement ; je me trouvais en sûreté dans ce souterrain. Je n'avais aucune inquiétude relativement à mon hôte ; mais enfin il faudrait bien finir par le quitter après ma guérison, et rejoindre l'armée. Ces idées m'occupaient lorsque je vis rentrer le vieillard ; il me fit comprendre que plusieurs corps d'Arabes et de Mamelouks parcouraient la plaine, qu'il les avait aperçus sans être vu, parce que sa retraite était impénétrable à tous les regards ; qu'il aurait soin de moi, qu'il me regardait comme son fils, et que je pouvais me livrer à la plus grande sécurité. Je lui témoignai toute ma reconnaissance, il en parut satisfait, et comme j'avais l'air mécontent de ne pouvoir m'exprimer que par signes, il m'apporta un livre, en m'indiquant qu'avec son secours nous pourrions bientôt nous communiquer mutuellement nos pensées.

La carrière que j'avais suivie depuis mon enfance m'avait familiarisé avec la méditation ; j'aimais l'étude et je fus bientôt en état de me faire entendre de mon généreux vieillard : il mettait d'ailleurs

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une telle complaisance dans les leçons qu'il me donnait, qu'avec moins de bonne volonté, un autre eût fait des progrès. Je passe sous silence tout ce qui est relatif à ma nouvelle éducation. Mon entière guérison et ma convalescence furent plus longues que je ne l'aurais cru ; mon hôte sortait de temps en temps pour savoir ce qui se passait : il était dans une ignorance absolue des événements de la terre. Enfin, un jour il fut plus longtemps qu'à l'ordinaire, et à son retour il m'apprit que l'armée française avait évacué l'Égypte, que je resterais avec lui, qu'il me ferait oublier par sa tendresse et son amitié mon espèce de captivité, que mon sort ne serait pas aussi cruel que je pouvais le penser, qu'il m'apprendrait des choses qui m'étonneraient, tout en m'instruisant, et que je n'aurais rien à désirer du côté de la fortune.

Je commençais à entendre la langue turque, il me dit de me lever, je lui obéis, il me prit par la main, me conduisit au bout de la chambre. Il ouvrit une porte opposée à celle par laquelle on entrait, et prenant une lampe sur la table, nous entrâmes dans un souterrain où je vis plusieurs coffres rangés ; il les ouvrit, ils [...]

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étaient pleins d’or et de pierreries de toute espèce. Vous voyez, mon fils, qu’avec cela on ne craint pas la pauvreté. Tout vous appartient. J’approche de la fin de ma carrière, et je serai heureux de vous en laisser la possession. Ces trésors ne sont point le fruit de l’avarice et d’un sordide intérêt, je les dois à la connaissance des sciences occultes qui me sont familières, et à la faveur que m’a accordée le Grand-Être de pénétrer les secrets de la nature.

Je puis encore commander à des Êtres qui peuplent la terre et les airs, et qui ne sont pas visibles pour le commun des hommes. Je vous aime, mon cher fils, j’ai reconnu en vous de la candeur, de la franchise, l’amour de la vérité et l’aptitude pour les sciences, et avant peu je veux que vous sachiez ce que m’ont coûté plus de vingt-quatre ans de recherches, de méditations et d’expériences.

La science des mages, le langage des hiéroglyphes sont perdus par la faute des hommes : seul j’en suis dépositaire. Je vous ferai ces précieuses confidences, et nous lirons ensemble ces caractères tracés sur les pyramides, qui ont fait le désespoir de tous les savants, et devant lesquels ils ont pâli depuis plusieurs siècles.

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L’espèce de ton prophétique avec lequel il me parlait m’en imposa, et j’éprouvai le désir le plus vif de connaître ce qu’il m’annonçait, et je le lui dis dans la langue turque que je commençais à comprendre et à parler de manière à me faire entendre.

Vos vœux seront remplis, me dit mon père adoptif, élevant ensuite une de ses mains vers la voûte du souterrain, il ajouta d’un ton solennel : Adorez, mon fils, adorez le très-bon et le très-grand Dieu des sages, et ne vous enorgueillissez jamais de ce qu’il vous a fait rencontrer un des enfants de la sagesse, pour vous associer à leur compagnie, et pour vous faire participant des merveilles de sa toute-puissance.

Après avoir achevé cette espèce d’invocation, il me dit, en me regardant : tels sont les principes dont vous devez être pénétré ; tâchez de vous rendre digne de recevoir la lumière ; l’heure de votre régénération est arrivée : il ne tiendra qu’à vous d’être une nouvelle créature.

Priez ardemment celui qui seul a la puissance de créer des cœurs nouveaux, de vous en donner un qui soit capable des grandes choses que j’ai à vous apprendre, et de m’inspirer de ne vous rien taire des

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mystères de la nature. Priez, espérez. Je loue la sagesse éternelle de ce qu’elle a mis dans mon âme la volonté de vous découvrir ses vérités ineffables : que vous serez heureux, mon fils ! si elle a la bonté de mettre dans votre âme les dispositions que ces hauts mystères demandent de vous.

Vous allez apprendre à commander à toute la nature ; Dieu seul sera votre maître, et les sages seuls [?] égaux. Les suprêmes intelligences se feront gloire d’obéir à vos désirs ; les démons n’oseront se trouver où vous serez ; votre voix les fera trembler dans le puits de l’abîme, et tous les peuples invisibles qui habitent les quatre éléments, s’estimeront heureux d’être les ministres de vos plaisirs.

Je vous adore, ô grand Dieu ! d’avoir couronné l’homme de tant de gloire, et de l’avoir établi souverain monarque de tous les ouvrages de vos mains.

Sentez-vous, mon fils, sentez-vous cette ambition héroïque qui est le caractère certain des enfants de la sagesse ? Osez-vous désirer de ne servir que Dieu seul, et de dominer sur tout ce qui n’est point Dieu ? Avez-vous compris ce que c’est qu’être homme, et ne vous répugnerait-il pas d’être esclave, puisque vous êtes né pour être

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souverain? et si vous avez ces nobles pensées, comme les signes que je découvre sur votre figure ne me permettent pas d’en douter, considérez mûrement si vous aurez le courage et la force de renoncer à toutes les choses qui peuvent être un obstacle à parvenir à l’élévation pour laquelle vous êtes né.

Il s’arrêta là, et me regarda fixement, comme attendant ma réponse, ou comme cherchant à lire dans mon cœur.

Je lui demandai à quoi faut-il renoncer?

— A tout ce qui est mal, pour ne s’occuper que de ce qui est bien ; à ce penchant que nous apportons presque tous en naissant, et qui nous porte au vice plutôt qu’à la vertu; à ces passions qui nous rendent esclaves de nos sens et qui nous empêchent de nous livrer à l’étude, d’en goûter les douceurs et d’en cueillir les fruits. Vous voyez, mon cher fils, que le sacrifice que j’exige de vous n’a rien de pénible et n’est pas au-dessus de vos forces ; au contraire, il vous fera approcher de la perfection, autant qu’il est possible à l’homme d’y atteindre : acceptez-vous ce que je vous propose?

O mon père, répondis-je, rien n’est [...]

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plus conforme à mes désirs : que peut-on préférer à la sagesse et à la vertu? Il suffit, dit le vieillard. Avant que de vous développer entièrement la doctrine qui doit vous initier aux mystères les plus profonds et les plus sacrés, il faut que vous sachiez que les élémens sont habités par des créatures très-parfaites. Cet espace immense qui est entre la terre et les deux [?], a des habitants bien plus nobles que les oiseaux et les moucherons ; ces mers si vastes ont bien d'autres hôtes que les dauphins et les baleines; il en est de même de la profondeur de la terre qui contient autre chose que l'eau et les minéraux; et l'élément du feu, plus noble que les trois autres, n'a pas été fait pour demeurer inutile et vide. L'air est plein d'une innombrable multitude de peuples de figure humaine, un peu fiers en apparence, mais dociles en effet : grands amateurs des sciences, subtils, officieux pour les sages, et ennemis des sots et des ignorants : ce sont les sylphes. Les mers et les fleuves sont habités par les Ondins ; la terre est remplie presque jusqu'au centre, de Gnômes, gardiens des trésors et des pierreries : ceux-ci sont ingénieux, amis de l'homme et faciles

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[...] à commander; ils fournissent aux enfants des sages tout l'argent qui leur est nécessaire, et ne demandent pour prix de leurs services que la gloire d'être commandés. (Voyez note B.)

Quant aux Salamandres, habitants enflammés de la région du feu, ils servent aux philosophes; mais ils ne recherchent pas avec empressement leur compagnie.

Je pourrais encore vous parler des génies familiers; Socrate eut le sien ainsi que Pythagore et quelques autres sages. J'en ai un aussi, il est près de moi lorsque je puis avoir besoin de lui : vous le verrez.

Cela vous paraîtra sans doute extraordinaire, mais lors même que vos yeux ne vous convaincraient pas de la vérité, vous pourriez y croire, si vous avez quelque confiance dans Socrate, Platon, Pythagore, Zoroastre, Celse, Pseltus, Procle, Porphyre, Jamblique, Ptoteit, Trismégiste, et d'autres sages dont les lumières doivent ajouter à celles que donne la raison naturelle.

Il me reste encore à vous parler des talismans, de ces anneaux magiques qui vous donnent le pouvoir de commander à tous les éléments, d'éviter tous les dangers, toutes les embûches de vos ennemis,

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en assurant le succès de vos entreprises et l’accomplissement de tous vos vœux ; il se leva, ouvrit un coffre qui se trouvait au pied du lit de repos, il en tira une cassette de bois de cèdre recouverte de plaques d’or, enrichies de diamans d’un éclat et d’un pur extraordinaires ; la serrure était également d’or ainsi que la clé sur laquelle il y avait des caractères hiéroglyphiques gravés avec un art admirable.

Il ouvrit cette cassette et je vis une grande quantité de talismans et d’anneaux enrichis de diamans, et sur lesquels étaient gravés des caractères magiques et cabalistiques : il était impossible de les regarder sans en être ébloui.

Vous les voyez, mon fils, ils ont chacun leurs vertus, leurs propriétés, mais pour en faire usage il faut les connaître, ainsi que la langue des sages pour prononcer les mots mystérieux qui sont gravés dessus. Je vous les apprendrai avant de travailler avec vous au grand œuvre avec les esprits et les animaux qui sont soumis à mes lois et qui m’obéissent aveuglément. (Voyez note C.)

Vous verrez, lorsque vous serez initié à tous ces mystères, de combien d’erreurs se sont rendus coupables la plupart de ceux 3.

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qui prétendent s'être asservi la nature : ils aimaient la vérité, et crurent la découvrir par la voie des notions abstraites, et s'égarèrent sur la foi d'une raison dont ils ne connaissaient pas les bornes.

Le vulgaire ne voit autour du globe qu'il habite, qu'une voûte étincelante de lumière pendant le jour, semée d'étoiles pendant la nuit ; ce sont là les bornes de son univers. Celui de quelques philosophes en a plus, et s'est accru presque de nos jours au point d'effrayer notre imagination. De là, quelle prodigieuse carrière s'est tout-à-coup offerte à l'esprit humain ? employez l'éternité même pour la parcourir ; prenez les ailes de l'aurore, volez à la planète de Saturne dans les deux[?] qui s'étendent au-dessus de cette planète, vous trouverez sans cesse de nouvelles sphères, de nouveaux globes, des mondes s'accumulant les uns sur les autres ; vous trouverez l'infini dans la matière, dans l'espace, dans le mouvement, dans le nombre des nuances et des astres qui les embellissent ; et comme notre âme s'étend avec nos idées, et s'assimile en quelque façon aux objets dont elle se pénètre, combien un homme doit-il s'enorgueillir d'avoir percé ces profondeurs

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inconcevables? j’y suis parvenu, grâce à la sagesse, et vous y parviendrez aussi. Il se leva, et prenant plusieurs manuscrits qui étaient sur la table : ces livres précieux, mon cher fils, vous feront connaître des choses inconnues au reste des humains, et qui vous paraîtront n’avoir jamais existé; ces livres ont échappé à l’incendie de la bibliothèque des Ptolomée (voyez note D), ils en ont éprouvé quelques atteintes comme vous le voyez; en effet, plusieurs pages avaient été noircies par le feu. Eh bien ! c’est aux connaissances que j’ai puisées dans ces ouvrages que je dois le pouvoir de commander à tous les êtres qui habitent les régions aériennes et terrestres, connues et inconnues des hommes.

O mon fils! prosternez-vous devant la divinité; déplorez, en sa présence, les égarements de l’esprit humain, et promettez-lui d’être aussi vertueux qu’il est possible à l’homme de l’être. Gardez-vous d’étudier la morale dans des écrits ignorés de la multitude, dans des systèmes produits par la chaleur de l’imagination, par l’inquiétude de l’esprit ou par le désir de la célébrité qui tourmentaient leurs auteurs, mais cherchez-la dans leur conduite; dans ces

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ouvrages où, n’ayant d’autre intérêt que celui de la vérité, et d’autre but que l’utilité publique, ils rendent aux mœurs et à la vertu l’hommage qu’elles ont obtenu dans tous les temps et chez tous les peuples.

J’écoutais ce bon vieillard avec une admiration mêlée de respect, il avait cessé de parler et je croyais l’entendre encore : une douce majesté régnait dans tous ses traits, et la persuasion semblait couler de ses lèvres, comme un ruisseau limpide s’échappe d’un coteau, pour fertiliser les prairies ; il s’aperçut de mon admiration qui tenait de l’extase. Mon cher fils, me dit-il, je vous pardonne votre étonnement, vous avez jusqu’à ce moment vécu dans la société d’hommes corrompus, qui auront appris à douter de tout, à oublier le respect que l’on doit à celui qui a tout tiré du néant. La sagesse était pour eux un mot vide de sens ; mais lorsque vous la connaîtrez, qu’elle sera devenue pour vous une vertu pratique, vous ne la regarderez plus que comme une chose toute simple et aussi naturelle que l’air que vous respirez et qui est si nécessaire à votre existence. Vos blessures se cicatrisent, demain je commencerai votre éducation de sagesse et je vous donnerai la

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Première leçon.

Je vais maintenant à ma volière, donner à manger à mes prisonniers : comment, lui dis-je, à vos prisonniers ? avec votre philosophie et cet amour de l’humanité qui vous caractérise vous privez de la liberté des êtres vivants. Il sourit à mon observation. Mon cher fils, ce que je fais est nécessaire pour faciliter mes opérations mystérieuses ; mais le sort de ceux qui sont soumis à mes lois, est peut-être plus doux que s’ils jouissaient de leur entière liberté : d’ailleurs, ils n’en ont jamais connu le prix et ne peuvent la désirer. Demain vous saurez le mot de toutes ces énigmes, et il me quitta pour entrer dans le souterrain où il m’avait conduit lorsqu’il m’avait fait voir les coffres remplis d’or et de pierreries. Bientôt il revint. Je me levai, il me dit de m’approcher de la tente, et que nous allions prendre quelque chose avant de nous livrer au sommeil. Il enleva les papiers qui se trouvaient sur la table, il prit un siège, et il me dit de m’asseoir à ses côtés. J’obéis, et comme je ne voyais aucuns mets, il ajouta en riant : Cette nourriture n’est pas très-substantielle, mais un instant, et vous verrez que j’ai des cuisiniers et des esclaves aussi habiles qu’intel[...]

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[...]ligents. Il prononça ensuite ces mots : A g [?], Gemenos, Tur, Nicophanta, et souffla trois fois sur un anneau qu’il avait au doigt ; aussitôt la salle fut éclairée par sept lustres de cristal de roche qui parurent à la voûte ; neuf esclaves entrèrent portant différents mets dans des plats d’or et du vin dans des vases de la plus grande richesse. Des parfums brûlaient sur des trépieds, et une musique céleste se fit entendre : tout fut déposé sur la table dans le plus bel ordre, et les esclaves se tinrent du haut autour de nous pour nous servir.

Vous voyez, mon fils, me dit encore le bon vieillard, que je n’ai qu’à commander pour être obéi : mangez, servez-vous, et choisissez ce qui pourra vous flatter ; je me rendis à l’invitation et tout ce que je goûtai était délicieux.

Je pris ma coupe, et du vin semblable au nectar coula dedans, son bouquet avant-coureur de son goût délicat flattait agréablement l’odorat : et lorsqu’il eut frappé mon palais et que j’eus savouré, il me sembla qu’un feu divin coulait dans mes veines et que j’acquérais une nouvelle existence.

Je regardais les esclaves qui nous servaient ; ils étaient tous dans la fleur de l’âge, de la plus grande beauté, vêtus de tuniques de

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TranscriptioFrancogallica (saec. XIX)

soie rose avec des ceintures blanches; leurs cheveux blonds tombaient en boucles ondoyantes sur leurs épaules, et les yeux baissés et dans le respect, ils attendaient les ordres de leur maître. Le vieillard me laissa terminer mon examen, et il me dit ensuite : Mon fils, vous avez apaisé votre faim? oui mon père ; il leva la main, et dit : Osuam, Bedac, Acgos, et les esclaves s'empressèrent d'enlever tout ce qui était sur la table; ils sortirent, les lustres disparurent et deux lits de repos se placèrent de chaque côté de l'appartement, qui n'était plus éclairé que par la lampe qui jetait une lumière douce semblable au crépuscule.

Voilà, mon cher fils, la manière dont vous serez servi chaque jour, vos occupations varieront à l'infini et vous préserveront de l'ennui. Livrez-vous au sommeil, je vais en faire autant, et demain, dès que le jour paraîtra, je tiendrai la parole que je vous ai donnée. Mais, mon père, le jour ne pénètre jamais dans notre demeure; comment pourrez-vous connaître que l'aurore paraît? Cela dépend de ma volonté, mon fils, c'est encore une surprise que je vous ménage. A demain, dormez en paix! il me tendit la main, je la pressai sur mon

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TranscriptioFrancogallica (saec. XIX)

cœur; il approcha de son lit, se coucha et bientôt le sommeil s'appesantit sur ses paupières : je l'imitai, et peu de temps après je m'endormis.

Lorsque j'ouvris les yeux, la lampe avait disparu, le jour éclairait la chambre et les rayons du soleil y pénétraient; le vieillard se promenait, des livres à la main ; le mouvement que je fis interrompit sa lecture, il me regarda en souriant, je me levai avec précipitation et je volai dans ses bras qu'il m'ouvrit : Mon père, je vous salue ! vous avez bien reposé? me dit-il, mon cher fils, j'en juge par le calme qui règne sur votre visage : rendez hommage à Dieu qui vous a permis de jouir encore de ce beau jour qui vous éclaire, et avant que de vous initier aux mystères de la sagesse, j'aurai un entretien avec vous sur un point de ma doctrine qui exige des développemens.

Il me présenta un livre, et l'ouvrit en me disant : voici à la première page, la prière que vous devez adresser au Grand Être; et je lus ce qui suit :

ORAISON DES SAGES.

« Immortel, éternel, ineffable et sacré » Père de toutes choses, qui es porté sur

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» le chariot, roulant sans cesse, des mondes qui tournent toujours. Dominateur des campagnes Éthériennes, où est élevé le trône de ta puissance, du haut duquel tes yeux redoutables découvrent tout, et tes belles et saintes oreilles écoutent tout. Exauce tes enfans que tu as aimés dès la naissance des siècles ; car ta durée, et grande et éternelle majesté, resplendit au-dessus du monde et du ciel, des étoiles, tu es élevé sur elles ; ô feu étincelant, là, tu t’allumes, et t’entretiens toi-même par ta propre splendeur, et il sort de ton essence des ruisseaux intarissables de lumières qui nourrissent ton esprit infini. Cet esprit infini produit toutes choses, et fait ce trésor inépuisable de matière, qui ne peut manquer à la génération qui l’environne, toujours à cause des formes sans nombre dont elle est enceinte, et dont tu l’as remplie au commencement. De cet esprit tirent aussi leur origine ces rois très-saints qui sont debout autour de ton trône, et qui composent ta cour, ô père universel ! ô unique ! ô père des bienheureux mortels immortels ! et tu as créé en particulier des puissances qui sont [merveilleusement?] semblables à ton éternelle

Grimorium · grimorium.lat · CC BY 4.0 · Scheda